Curcumine: le guide pour faire votre choix

 

Il est difficile de savoir pourquoi les premiers hommes (4000 ans avant notre ère) ont introduit le curcuma dans leurs aliments. Son goût seul n’explique probablement pas son usage. Le rhizome réunissait d’autres attraits : il colorait fortement les préparations, modifiait leur parfum, se conservait après séchage et pouvait être ramassé facilement. Bien avant d’imaginer isoler la curcumine, l’être humain avait adopté le curcuma.

Au commencement, il y a un rhizome.

Sous la terre, Curcuma longa développe une tige souterraine charnue dans laquelle la plante conserve des réserves et une grande diversité de molécules. Parmi elles se trouvent les curcuminoïdes, pigments responsables de cette couleur jaune orangé devenue familière dans les cuisines d’Asie.

L’être humain a d’abord utilisé le rhizome entier. Il l’a séché, broyé, associé aux aliments, aux huiles et aux épices. Puis convaincu de la richesse de cette racine  l’homme  a isolé et concentré ses constituants les plus étudiés, en particulier la curcumine.

Comprendre pourquoi le curcuma synthétise la curcumine apporte un éclairage sur ses qualités !

La plante ne synthétise évidemment pas la curcumine pour l’être humain. Elle investit de l’énergie dans la synthèse de curcuminoïdes parce que ces molécules participent vraisemblablement à sa propre écologie.

La curcumine appartient au métabolisme spécialisé du curcuma. Ce n’est pas une molécule isolée, mais une véritable famille : curcumine, déméthoxycurcumine et bisdéméthoxycurcumine.[1]

Ce point est important : la diversité des curcuminoïdes n’est pas un hasard de la nature, mais le résultat d’une biosynthèse évolutive, organisée et essentielle.

Ce que l’on sait aujourd’hui

·        les curcuminoïdes sont concentrés dans le rhizome, organe souterrain de réserve et de multiplication végétative 

·        leur production dépend du génotype, du développement du rhizome et des conditions de culture 

·        leur structure permet des interactions avec les membranes, les protéines, les métaux et les systèmes d’oxydoréduction 

·        ils appartiennent à un ensemble chimique plus vaste comprenant également des composés volatils, notamment les turmérones.

Ce qui est biologiquement plausible

Dans un organe riche en amidon, humide et durablement exposé aux microorganismes du sol, les curcuminoïdes pourraient contribuer à une ligne de défense « chimique » locale : limitant  certaines proliférations microbiennes,  apportant peut être  une réponse aux blessures, modulant le stress redox et dissuadant  prédateurs et compétiteurs.

Il faut cependant rester précis : aucune fonction écologique unique et exclusive de la curcumine n’est démontrée.

Comprendre son activité chez l’homme ?

La curcumine est une molécule réactive, lipophile et polyvalente, mais relativement instable. Ces propriétés peuvent être cohérentes avec un rôle de défense végétale local et transitoire. Elles expliquent aussi son effet chez l’être humain avec de nombreuses interactions observables, une faible solubilité, une métabolisation rapide et aussi la difficulté à obtenir une exposition systémique durable.

Ce qui fait l’intérêt biologique de la curcumine dans le rhizome peut aussi faire une faiblesse pharmacocinétique chez l’homme.

 Du curcuma traditionnel aux extraits standardisés

Comme nous l’avons vu l’histoire de son utilisation par l’homme  ne commence pas avec la curcumine isolée. Elle démarre avec le curcuma entier, utilisé depuis des siècles en Asie comme épice, colorant et préparation traditionnelle.

Les mélanges alimentaires sont souvent alors associés à des matières grasses et à d’autres plantes.

Ce premier usage reposait sur l’observation empirique d’une matrice végétale complète, colorée et odorante.

La curcumine n’a par la suite pas été isolée initialement parce qu’on lui attribuait des vertus médicinales mais parce qu’elle était un pigment jaune remarquable du curcuma.

 

 Du rhizome au principe chimique isolé

Au début du XIXe siècle, la chimie extractive cherche à isoler les constituants responsables des propriétés des plantes. En 1815, Vogel et Pelletier décrivent une matière colorante jaune extraite du curcuma. La curcumine est ensuite purifiée sous forme cristalline au cours du XIXe siècle. Sa structure chimique est établie au début du XXe siècle, puis sa synthèse est réalisée peu après.[2]

De la molécule à son étude pharmacologique

Au milieu du XXe siècle apparaissent des observations expérimentales antimicrobiennes, puis, surtout à partir des années 1970, des travaux pharmacologiques sur l’inflammation. Les décennies suivantes multiplient les études cellulaires et animales : modulation d’enzymes, de facteurs de transcription, de médiateurs inflammatoires et de voies du stress cellulaire.

Le tournant pharmacocinétique

Les premiers essais humains ont utilisé des quantités parfois très élevées de curcumine ou de curcuminoïdes. Ils ont progressivement révélé le véritable verrou : non pas l’absence d’activité intrinsèque, mais le décalage entre  l’activité attendue et celle réellement obtenue après ingestion.

La recherche s’est alors déplacée :

·        du curcuma entier vers la curcumine isolée

·        de la curcumine isolée vers les extraits standardisés

·        des extraits standardisés vers les formulations biodisponibles

·        de la simple présence plasmatique vers la distinction entre curcumine libre, conjugués et métabolites

·        de l’effet général attribué au curcuma vers l’étude clinique d’un ingrédient précis à une dose précise.

Cette histoire explique le développement de préparations mieux caractérisées. Elle ne marque pas une rupture avec le curcuma : la curcumine et les autres curcuminoïdes restent extraits du rhizome de Curcuma longa. Les formulations associent ces constituants végétaux à des ingrédients alimentaires afin d’améliorer leur dispersion et d’étudier plus précisément leur devenir après ingestion et reproduise parfois les préparations alimentaires humaines.

 Curcuma, curcuminoïdes et curcumine : de quoi parle-t-on exactement ?

Le curcuma est le rhizome complet de Curcuma longa. Sa poudre contient de l’amidon, des fibres, une fraction aromatique, des huiles essentielles et plusieurs familles de composés.

Les curcuminoïdes n’en représentent qu’une petite fraction. Les trois principaux sont :

·        la curcumine

·        la déméthoxycurcumine

·        la bisdéméthoxycurcumine.

La curcumine est la plus connue et souvent la plus abondante. Elle ne résume pourtant pas, à elle seule, toute la composition du rhizome.

Un extrait titré à 95 % de curcuminoïdes est donc très différent d’une poudre de curcuma. Il est beaucoup plus concentré. Mais ce chiffre de 95 % décrit la composition de l’extrait, pas son devenir dans l’organisme.

La concentration mesure ce qui se trouve dans la gélule. La biodisponibilité tente de mesurer ce que l’organisme peut réellement absorber, transformer et distribuer.

Confondre ces deux notions constitue l’une des principales erreurs lorsque l’on compare des curcumines.

Pourquoi la curcumine est-elle difficile à assimiler ?

La curcumine possède une forte affinité pour les lipides et une très faible solubilité dans l’eau. Or le contenu intestinal est majoritairement aqueux. Pour franchir la muqueuse digestive, une molécule doit d’abord être libérée, maintenue en dispersion, puis présentée à la membrane intestinale dans un environnement favorable.

La curcumine rencontre plusieurs obstacles successifs :

·        elle se disperse mal dans les liquides digestifs

·        une partie peut être dégradée avant son absorption

·        son passage intestinal reste limité

·        l’intestin et le foie la transforment rapidement, notamment en dérivés glucuronidés et sulfatés

·        les formes circulantes obtenues ne sont pas toutes biologiquement équivalentes à la curcumine libre.

Ce métabolisme n’est pas une anomalie. L’organisme traite de nombreux polyphénols comme des molécules étrangères : il les conjugue pour les rendre plus hydrosolubles et faciliter leur élimination. Chez l’être humain, les formes glucuronidées et sulfatées dominent largement après ingestion de curcumine non formulée.[3]

La difficulté n’est donc pas seulement de « faire entrer » la curcumine. Il faut savoir sous quelle forme elle entre et combien de temps elle circule.

Une curcumine à 95 % est-elle forcément meilleure ?

Non.

Un extrait titré à 95 % apporte une forte proportion de curcuminoïdes par gramme. C’est une information utile sur sa standardisation. Ce n’est pas une preuve de bonne assimilation ni d’efficacité à la dose proposée.

Une formulation apportant 90 mg de curcuminoïdes dans une matrice documentée peut être plus cohérente qu’un extrait en apportant 500 ou 1 000 mg sans stratégie d’absorption. Les milligrammes ne peuvent pas être comparés indépendamment de la forme qui les transporte.

La question n’est donc pas seulement :

Combien de curcuminoïdes cette gélule contient-elle ?

Mais aussi :

Comment ont-ils été formulés et sur quelle quantité de cette formulation portent réellement les études ?

Quelles sont les principales stratégies pour améliorer la biodisponibilité ?

Associer la curcumine à une matière grasse comme dans une alimentation cuisinée

La curcumine étant lipophile, sa prise au cours d’un repas contenant des lipides est cohérente. Une huile peut améliorer sa dispersion et favoriser son intégration aux structures digestives qui transportent les graisses.

Cette association ne suffit cependant pas à démontrer une biodisponibilité élevée. Elle aide la solubilisation mais ne neutralise pas nécessairement la dégradation ni le métabolisme rapide de la curcumine.

Ajouter de la pipérine

La pipérine du poivre noir est souvent associée à la curcumine. Elle peut augmenter son exposition en freinant certains mécanismes de conjugaison et d’élimination.[4]

Cette stratégie a l’avantage de la simplicité. Mais son action n’est pas spécifique à la curcumine. Modifier des enzymes ou des transporteurs impliqués dans le devenir des xénobiotiques peut également modifier celui d’autres substances prises au même moment.

La pipérine n’est donc ni un ingrédient à rejeter systématiquement, ni une preuve suffisante de qualité. C’est une stratégie pharmacocinétique particulière, à évaluer comme telle. Plus récemment la pipérine a été l’objet de doute sur son innocuité et sur les avantages réels qu’elle procure.

Former un complexe avec des phospholipides

Certaines formulations associent les curcuminoïdes à des phospholipides. L’objectif est de rapprocher la molécule d’un environnement membranaire et d’améliorer sa dispersion dans les fluides digestifs.

La qualité dépend alors de la composition exacte du complexe, de sa stabilité et des études réalisées avec cet ingrédient précis.

Utiliser des micelles, des dispersions colloïdales ou des particules

D’autres technologies réduisent la taille des particules ou organisent la curcumine dans des systèmes capables de la maintenir en dispersion. Elles peuvent augmenter fortement certains paramètres pharmacocinétiques.

Ces familles ne sont toutefois pas interchangeables. Une micelle, une nanoparticule colloïdale, un complexe phospholipidique et une particule lipidique solide n’utilisent pas le même mécanisme et ne produisent pas nécessairement les mêmes formes circulantes.

Protéger la curcumine dans une matrice lipidique solide

Les particules lipidiques solides cherchent à protéger la curcumine pendant son trajet digestif et à favoriser son passage dans un environnement compatible avec sa nature lipophile.

Une matrice lipidique solide constitue l’une des réponses possibles. Son intérêt doit être jugé comme celui des autres formulations : composition exacte, forme de curcumine mesurée, dose étudiée et données de sécurité d’usage propre à la formulation.

Longvida® appartient à cette famille de formulations lipidiques et a fait l’objet d’une étude pharmacocinétique et de sécurité propre.[5]

Pourquoi les chiffres de biodisponibilité sont-ils difficiles à comparer ?

Les étiquettes et documents commerciaux annoncent parfois une biodisponibilité multipliée par 20, 50, 100 ou davantage. Ces chiffres paraissent simples. Ils peuvent pourtant recouvrir des mesures très différentes.

Une étude peut mesurer :

la curcumine libre
la curcumine totale après déconjugaison enzymatique
l’ensemble des curcuminoïdes
certains métabolites
la concentration maximale atteinte
l’exposition totale au cours du temps.
Le comparateur, la dose, le repas, la méthode analytique et le temps de prélèvement peuvent également changer.

Deux multiplicateurs ne sont donc comparables que s’ils reposent sur un protocole et une définition analytique suffisamment proches. Le chiffre le plus spectaculaire n’identifie pas automatiquement la meilleure formulation. En tout état de cause l’exposition doit respecter des doses proches d’un usage alimentaire optimisée.

 

Une étude clinique répond à une autre question : cette formulation, à cette dose et pendant cette durée, produit-elle un effet mesurable chez l’être humain ?

Une curcumine bien choisie doit idéalement relier ces deux niveaux.

Quels critères regarder avant de faire votre choix ?

L’espèce végétale et la partie utilisée

La documentation doit mentionner Curcuma longa et l’utilisation du rhizome. Le mot « curcuma » seul ne décrit ni l’espèce, ni l’extrait, ni sa standardisation.

La quantité réelle de curcuminoïdes

Il faut distinguer le poids total de l’ingrédient formulé de la quantité de curcuminoïdes qu’il apporte. Une gélule de 200 mg d’un ingrédient optimisé ne contient pas nécessairement 200 mg de curcuminoïdes.

Cette différence n’est pas un défaut : le reste de la formulation peut constituer précisément le système qui protège et transporte la curcumine.

Le principe de la formulation

Pipérine, huile, phospholipides, micelles ou particules lipidiques solides n’agissent pas de la même manière. Le fabricant doit expliquer le principe utilisé sans se limiter au terme vague « haute absorption ».

La forme mesurée dans les études

La curcumine libre, ses formes conjuguées et ses métabolites ne doivent pas être confondus. La méthode analytique conditionne fortement l’interprétation d’une promesse de biodisponibilité.

Les études réalisées avec l’ingrédient exact

Une étude sur « la curcumine » ne documente pas automatiquement toutes les curcumines. Il faut rechercher des travaux utilisant le même ingrédient, la même technologie et une dose comparable.

La cohérence entre la dose commercialisée et la dose étudiée

Une marque peut utiliser un ingrédient reconnu mais en apporter une quantité très inférieure à celle testée. Le nom breveté ne suffit pas : la dose quotidienne doit rester cohérente avec la documentation propre à l’ingrédient et des normes de sécurité.

La présence ou non de pipérine

Ce critère est particulièrement important en cas de prises concomitantes. Une formulation sans pipérine peut améliorer le transport de la curcumine sans chercher à inhiber globalement les mécanismes de conjugaison. Il permet de se prévenir des effets secondaires de la pipérine.

La traçabilité et la standardisation

Un ingrédient identifié permet de documenter son origine, sa composition, son procédé de fabrication, ses contrôles et la reproductibilité entre les lots. L’origine et la nature de la curcumine sont des mentions essentielles pour un choix averti.

Le coût de la dose 

Comparer le prix au gramme de curcuminoïdes favorise mécaniquement les extraits non formulés très concentrés. Le critère plus pertinent est le coût de la dose quotidienne correspondant à l’ingrédient réellement étudié.

En résumé

Le curcuma est une plante. La curcumine est l’un de ses principaux curcuminoïdes. Un extrait concentré, même titré à 95 %, ne garantit pas à lui seul une bonne biodisponibilité.

Pour choisir une curcumine, vérifiez :

l’espèce et la partie de plante utilisées
la quantité réelle de curcuminoïdes
la technologie de formulation
la forme de curcumine mesurée
les études conduites avec l’ingrédient exact
la cohérence entre dose étudiée et dose commercialisée
la présence éventuelle de pipérine
la traçabilité
le coût de la dose documentée plutôt que le prix au gramme.
La bonne question n’est donc pas seulement :

Combien de milligrammes de curcumine contient ce complément ?

Mais plutôt :

Quelle curcumine contient-il, comment est-elle transportée et à quelle dose cette forme a-t-elle réellement été étudiée ?

 FAQ : l’essentiel avant de choisir sa curcumine

Quelle est la meilleure forme de curcumine ?

Il n’existe pas une forme supérieure dans toutes les situations. Une curcumine de qualité doit surtout posséder une formulation clairement décrite, des données humaines propres à l’ingrédient et une dose quotidienne cohérente avec ces études.

Une curcumine titrée à 95 % est-elle la plus efficace ?

Pas nécessairement. Le titrage indique la proportion de curcuminoïdes dans l’extrait, mais pas leur absorption, leur métabolisme ni leur distribution dans les tissus.

Faut-il choisir une curcumine avec pipérine ?

La pipérine peut augmenter l’exposition à la curcumine en modulant certains mécanismes de métabolisation. D’autres formulations utilisent des stratégies physiques, notamment lipidiques, sans pipérine. Le choix doit tenir compte du mécanisme recherché et des prises concomitantes.

Quelle différence existe-t-il entre curcuma et curcumine ?

Le curcuma désigne le rhizome entier de Curcuma longa. La curcumine est l’un des curcuminoïdes présents dans ce rhizome. Une poudre de curcuma et un extrait concentré de curcuminoïdes ne sont donc pas équivalents.

Peut-on comparer les curcumines uniquement par leur dosage ?

Non. Deux produits apportant des quantités très différentes peuvent produire des expositions biologiques difficiles à prévoir si leurs formulations ne sont pas les mêmes. La dose doit toujours être interprétée avec la technologie utilisée et les études correspondantes.

 

Nicolas Bles
Docteur en Pharmacie et Toxicologie
Fondateur de Byogenie Projet

Références scientifiques

Katsuyama Y. et al. (2009). Curcuminoid biosynthesis by two type III polyketide synthases in Curcuma longa. Journal of Biological Chemistry.
Gupta S.C. et al. (2012). Discovery of curcumin, a component of the golden spice, and its biological activities. Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology.
Vareed S.K. et al. (2008). Pharmacokinetics of curcumin conjugate metabolites in healthy human subjects. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention.
Shoba G. et al. (1998). Influence of piperine on the pharmacokinetics of curcumin in animals and human volunteers. Planta Medica.
Gota V.S. et al. (2010). Safety and pharmacokinetics of a solid lipid curcumin particle formulation. Journal of Agricultural and Food Chemistry.

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